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jeudi 19 octobre 2017

Mémoires d'une fesseuse (7)

Désormais elle se levait le matin. Tous les matins. Dès la première sonnerie. Sans qu’il me soit jamais besoin d’intervenir.
– Tu vois quand tu veux…
Et ce n’était pas tout. Elle prenait grand soin de tenir l’appartement en ordre, de veiller à ce que le frigo soit plein. D’une manière générale, elle faisait en sorte de ne pas me causer le moindre déplaisir. De quelque nature qu’il soit.
Par ailleurs, ses résultats universitaires s’étaient, quant à eux, améliorés de façon spectaculaire.
– Comme quoi une fessée, si elle est administrée à bon escient, peut se révéler particulièrement efficace. Et irradier dans toutes sortes de domaines.
Je ne manquais pas une occasion de lui faire remarquer qu’elle avait impérativement besoin de ça.
– De quelqu’un qui t’ait bien en mains. Qui t’impose sa loi. Et ce, dans ton intérêt.
J’enfonçais le clou.
– Il y a eu Vanessa. Peut-être d’autres avant. Sûrement même. Et maintenant, tu m’as, moi. T’as sacrément de la chance, avoue !
Elle l’admettait sans sourciller.
– C’est vrai ! Je te remercierai jamais assez.

Qu’elle ait changé aussi radicalement de comportement, sur tous les plans, ne faisait pas vraiment mon affaire. Maintenant, en effet, que j’avais goûté au plaisir subtil de donner des fessées, je n’avais plus qu’une idée en tête : recommencer. Ça m’obsédait. J’aurais bien évidemment pu chercher la petite bête, inventer des prétextes quelconques, faire preuve de la mauvaise foi la plus éhontée pour arriver à mes fins et lui tambouriner le derrière. Mais non. Non. C’était de vraies raisons qu’il me fallait. Que ce soit une VRAIE punition. Mon plaisir, j’en avais parfaitement conscience, était à ce prix. J’attendais donc mon heure. Qui ne venait pas. Elle demeurait désespérément irréprochable.

J’ai abordé le sujet avec elle, un soir que nous étions en veine de confidences toutes les deux.
– C’est une véritable métamorphose, toi, dis donc !
– Ben, oui ! J’ai intérêt. Je sais ce qui m’attend sinon.
– Ça te fait si peur que ça ?
– C’est surtout que ça fait mal.
– Et honte.
– Encore plus, oui.
– Tu m’as dit un jour que t’aimais ça, pourtant, avoir honte.
– Oui. Enfin, non. C’est pas vraiment que j’aime avoir honte, c’est que j’aime sentir que j’ai honte. Avoir honte d’avoir honte, en fait, dans un sens.
Elle a soupiré.
C’est encore bien plus compliqué que ça, mais je sais pas expliquer.
– Essaie quand même !
– Ou peut-être que c’est pas vraiment clair dans ma tête.
Elle a marqué un long temps d’arrêt.
– Une fessée, ça me fait honte, mais ce qui me fait encore plus honte, c’est de tout faire pour ne pas l’avoir. D’être prête à tout accepter pour ça.
– À dépendre entièrement de la volonté de quelqu’un d’autre en somme. De son désir. Ou de ce que tu supposes être son désir. Ce que, depuis des semaines maintenant, tu fais avec moi.
– Oui.
– Pour ta plus grande honte. Et ton plus grand plaisir.
Elle n’a pas répondu. Elle a, très vite, croisé mon regard. Baissé aussitôt les yeux.
Je me suis levée. Je suis passée derrière elle. J’ai posé mes mains sur ses épaules.
– Peut-être bien que ça mériterait une bonne leçon, ça…
Elle a imperceptiblement frissonné.
– Donnée, de préférence, devant du monde. Ce n’en serait que plus efficace.
– Oh, non ! Qui ?
– Tu verras bien qui. Et quand. Il y a rien qui presse. On a tout notre temps. Allez, va vite te coucher maintenant. T’as une dure journée demain.

À côté, dans sa chambre, elle a eu un plaisir comme jamais. Et encore dans la nuit.

lundi 16 octobre 2017

Attente…

Tanoux Afternoon coffee

C’est le moment qu’elle préfère. L’avant. Quand elle sait que ça viendra. Inéluctablement. Que le temps, jusque là, s’étire tout à loisir.

On passe tranquillement sur la route, devant le portail. Il y a des cris d’enfants au loin. Des oiseaux s’interpellent dans les arbres. Les cloches de l’église scandent les heures. Félicien, son homme à tout faire, scie du bois, pour l’hiver, derrière la grange. Elle l’entend. Des bouffées d’air tiède lui apportent, de temps à autre, l’odeur entêtante de la sciure.

Tout à l’heure, elle ira voir. Où ça en est. Où il en est. Elle fera la moue.
– Vous n’avez pas beaucoup avancé, Félicien…
Il relèvera la tête, offusqué.
– Mais, Madame…
Elle ne le laissera pas terminer.
– Votre travail laisse de plus en plus à désirer, Félicien. Vous devriez songer à vous reprendre. Dans votre intérêt.
Il ne protestera pas. Au contraire…
– Certainement, Madame…

À sept heures, tandis qu’il dînera, à l’office, en compagnie de Sidonie, la cuisinière, et de Blanche, la femme de chambre, elle viendra en rajouter une couche. Devant elles.
– Vous avez arrosé, Félicien ?
– Oui, Madame…
– On ne dirait pas. Le jardin crève de soif. Quant aux chevaux, il y a huit jours que vous ne les avez pas brossés. Au moins. Ils sont dans un état pitoyable.
– Je vous assure, Madame…
– Taisez-vous ! Et veuillez noter, une bonne fois pour toutes, que je n’ai pas l’intention de vous payer à ne rien faire.
Il promettra, tout penaud, de prendre désormais, son travail à cœur.

À dix heures, ce soir, ou peut-être onze, voire à minuit, on frappera à la porte, en bas, d’un poing résolu. On laissera passer quatre ou cinq secondes et on recommencera. Avec plus de détermination encore.
– Oui, voilà. Voilà. Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui se passe ? Qui est-ce ?
– Félicien…
Elle déverrouillera la porte, retirera la chaîne.
– Vous ! Ici ! À cette heure-ci ! Mais qu’est-ce que vous voulez ?
– Comme si tu le savais pas !
Il la repoussera, à petits coups, du plat de la main, sur les épaules, jusqu’à ce qu’elle s’affale sur le fauteuil devant la cheminée. Elle voudra se relever. Il l’en empêchera. Fermement.
– Ah, on fait moins la fière, hein !
– Écoutez, Félicien…
– Non. C’est toi qui vas m’écouter. Parce que j’en ai plus qu’assez, figure-toi, de tes réflexions permanentes. Des accusations de paresse et d’incompétence que tu ne cesses de porter contre moi. Et devant témoins. Sans arrêt tu me rabaisses. Sans arrêt tu m’humilies. Pourquoi ?
– Je ne sais pas. Je…
– Tu sais pas. Eh bien moi, je sais pourquoi je vais te rendre la pareille. Pourquoi je vais, à mon tour, t’humilier. Pour que tu voies ce que ça fait. Pour t’ôter à tout jamais l’envie de recommencer. Déshabille-toi !
– Hein ?
– T’as parfaitement compris. Je t’ai dit de te déshabiller.
Elle le fera. Parce que son ton ne souffre pas la moindre réplique. Parce qu’elle ignore ce qu’un refus de sa part aurait au juste comme conséquences et que cela l’effraie. Elle se lèvera et elle le fera. Elle retirera sa robe. Elle la passera par-dessus la tête, elle prendra tout son temps pour la plier, la déposer soigneusement sur le fauteuil et ôter le reste. Elle sera nue devant lui. Qui se sera assis dans l’autre fauteuil. Qui la contemplera longuement – ostensiblement – avant de lui faire signe d’approcher.
– Viens là !
Elle obéira.
– Plus près !
Tout près.
Il la saisira par les poignets, la fera basculer par-dessus les accoudoirs. La première claque la surprendra. Une claque sèche, à pleine croupe, qui la fera sursauter. D’autres suivront aussitôt. En rafale. En pluie. En grêle. Brûlantes. Elle gémira de douleur et de honte. Une honte crue. Insoutenable. Ça durera. Longtemps. Son derrière ne sera plus qu’un gigantesque brasier. Ça s’arrêtera enfin.
– Magnifiques couleurs. Joli travail. Je suis content de moi. Très.
Il glissera un doigt dans le sillon entre les fesses. Il le parcourra. De haut en bas. De bas en haut. Il recommencera. Plus bas. Encore plus bas. Il s’arrêtera à l’entrée de son petit trou de derrière. Il en prendra résolument possession. Il l’investira. Il s’y installera.
– Si tu recommences, c’est là que je viendrai.
Et il y fera longuement tournoyer son doigt.

Cela la trouble. Beaucoup. Bien sûr qu’elle recommencera. Cela va de soi. Ce qu’il faudrait aussi, c’est qu’un jour il la punisse devant Blanche et Sidonie. Qu’elle en soit profondément mortifiée. Elle y pensera. Sérieusement. Très sérieusement.
Elle soupire. Mais ce qu’il faudrait surtout, c’est que ça ait lieu pour de bon, tout ça. Qu’il finisse par la punir pour de vrai. Que, ce soir, il vienne frapper vraiment à la porte. Seulement…

Elle se lève. Elle va lentement là-bas. Derrière la grange. Il lui tourne le dos. Il ne l’entend pas arriver. Elle le regarde faire. Un long moment. Et puis…
– Vous n’avez pas beaucoup avancé, Félicien…

jeudi 12 octobre 2017

Mémoires d'une fesseuse (6)

Je me suis précipitée chez Philibert.
– À cette heure-ci ? Mais qu’est-ce qui se passe ?
– Rien. Enfin, si ! Je viens de lui en flanquer une à Marie-Clémence. Et une sacrée !
– Oui, oh, ben, c’est pas la première qu’elle se prend.
– Non, mais moi, c’est la première que je donne.
– Et alors ?
– C’est trop fou ce que tu ressens. Jamais j’aurais cru. C’est mille fois mieux que n’importe quoi. De la folie ! Non, mais pourquoi j’ai pas connu ça plus tôt, moi ?
– Tout vient à son heure.
– Un moment que ça me démangeait de lui faire, mais j’arrivais pas à me décider. Il y avait quelque chose qui me retenait, je sais pas quoi. Mais là, ce matin, elle a vraiment franchi les bornes. Elle a cherché ? Elle a trouvé. Et je peux te dire que c’est pas fini.

Elle est rentrée tard. Beaucoup plus tard que d’habitude.
– Où t’étais passée ? Qu’est-ce tu fabriquais ?
– J’ai traîné. Et j’ai pas vu passer l’heure.
– Bon, mais à part ça, t’as rien à me dire ?
– Si ! Excuse-moi pour ce matin. Je suis désolée.
– Ah, tu peux ! Parce que moi, je me décarcasse pour toi. Je fais tout ce que je peux pour t’aider. Tu crois que ça m’amuse de perdre mon temps à venir vingt fois dans ta chambre, chaque matin, te secouer. Franchement, j’ai mieux à faire.
– Je sais, oui.
– Et tout le remerciement que j’en ai, c’est de me faire traiter de pauvre conne. Avoue quand même que c’est fort de café.
– J’ai abusé.
– C’est le moins qu’on puisse dire. Alors reconnais qu’elle était amplement méritée cette fessée, non ?
– Si !
Du bout des lèvres. Et en baissant les yeux.
– Regarde-moi ! Et remercie-moi ! C’est la moindre des choses, non ?
Elle a relevé la tête.
– Merci.
– De quoi ?
– De me l’avoir donnée.
Et on a repris notre petit train train habituel. Comme si de rien n’était.

J’ai attendu qu’elle soit couchée et j’ai fait irruption dans sa chambre. Je me suis assise au bord de son lit.
– Je voulais te dire… Je viendrai plus te réveiller maintenant le matin.
Elle m’a jeté un regard surpris.
– Hein ? mais pourquoi ?
– Parce que… C’est pas te rendre service. Il est grand temps que tu te prennes toi-même en charge, non, tu crois pas ?
– Je vais m’oublier. Il y a des jours où je m’oublierai. Forcément.
– Et tu le paieras cash.
J’ai tranquillement ramené draps et couvertures au pied du lit. Je n’ai pas eu besoin de le lui demander : c’est d’elle-même qu’elle s’est retournée. Mise sur le ventre. J’ai tiré sur la culotte de pyjama et j’ai longuement contemplé mon œuvre. Qui avait gagné en profondeur. Dont les couleurs s’étaient épanouies. On n’a rien dit. Ni l’une ni l’autre. J’ai remis le pyjama en place et je suis retournée dans ma chambre.
Elle a presque aussitôt passionnément psalmodié son plaisir. En longs sanglots satisfaits.
À mon tour, j’ai fait venir le mien.

lundi 9 octobre 2017

Petit matin

Henri Gervex "Rolla" 1878, Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Il a tiré les rideaux, ouvert la fenêtre. La douce lumière de septembre a inondé la chambre.
Elle s’est brusquement redressée.
– Ah, c’est toi !
– C’est moi, oui ! Mais c’est quoi, tout ce bazar ? Il s’est passé quoi, ici ?
– Ici ? Je t’ai fait cocu, mon chéri. J’en ai profité que t’étais pas là. T’es content ?
– Non, mais tu te fous de moi, là !
– Ah, mais non ! Non. Pas du tout. Et dans notre lit en plus, je l’ai fait. Le lit conjugal. C’était bien plus excitant.
– Tu peux pas être sérieuse deux minutes ? Et m’expliquer ?
– Mais je suis sérieuse. Très sérieuse. J’ai ramené un mec, cette nuit. Je voulais qu’il reste à t’attendre ce matin, mais il a préféré partir.
– Non, mais alors là, c’est la meilleure !
– J’en avais trop envie, attends ! Non, et puis ce qu’il y a surtout, c’est que c’est plus ce que c’était, maintenant, quand tu me donnes la fessée. Tu fais ça du bout des doigts. Tu t’investis plus. On dirait presque que tu t’ennuies.
– Hein ? Mais pas du tout !
– Je suis frustrée, moi, du coup. Et, pour être franche, j’y trouve plus mon compte. Je t’ai tiré la sonnette d’alarme, pourtant. Plusieurs fois. T’en as pas tenu le moindre compte.
– Mais si ! Seulement…
– Alors je me suis dit qu’il fallait que je te donne une bonne vraie raison de m’en coller une, qu’avec un peu de chance ça te remettrait les paluches en batterie.
– Et c’est qui, ce type ? On peut savoir ?
– Un type.
– Mais encore ?
– Qu’est-ce que tu veux que j’en sache ? Un type. Je lui ai pas demandé ses papiers. Il m’a plu. Et puis voilà !
– Tu l’as rencontré où ?
– En boîte. C’est encore le meilleur endroit pour ça. Tu danses, tu te tortilles tant et plus et, cinq minutes après, t’as vingt mecs au garde à vous dans leur pantalon qui ne rêvent que d’un truc, c’est de venir se vider les couilles en toi. T’as plus qu’à faire ton choix.
– Oui, alors si je comprends bien, il suffit que j’ai le dos tourné pour qu’aussitôt…
– Oh, mais c’est pas systématique non plus, hein !
– Systématique ou pas, je vais t’en faire passer l’envie, moi, tu vas voir !
– J’espère bien !
– Pousse-toi ! Laisse-moi une petite place !
Il lui a soulevé les jambes, s’est glissé sous elle, assis, son derrière posé sur ses genoux.
– C’était bon, n’empêche ! Comment c’était bon ! Je regrette pas. Ah, non, alors !
– Tourne-toi ! Mets-toi sur le ventre !
Elle l’a fait. Tout en continuant à parler.
– Ah, ils ont pas dû beaucoup dormir, à côté, les pauvres !
Il lui a négligemment posé une main sur les fesses.
– Surtout que… plusieurs fois on a remis ça. Quatre. Cinq. Je sais plus au juste. J’avais bien un peu perdu la tête. Faut dire qu’il savait y faire, le salaud, et que ça a sacrément de la sève à cet âge-là…
– Quel âge ?
– Vingt. Tout rond. Depuis samedi.
– Alors ce sera vingt claques !
Et la première s’est abattue, à toute volée, lui arrachant un petit cri de surprise.
– Ah, il assurait un max, ça, on peut pas dire. Et pas seulement. Tout tendre il était, tout câlin. Et ça, moi, c’est un truc…
Deux. Trois. À pleines fesses.
– Aïe ! Hou, la vache ! Ça promet.
Quatre. Cinq. Elle a gémi.
– Ah, t’en voulais… Eh, ben tu vas en avoir !
Six. Sept. De plus en plus fort. Retentissantes.
– J’m’en fous ! J’en ai bien profité. Non, mais comment elle était bonne, sa queue !
Huit.
– C’est pas souvent qu’on en trouve d’aussi efficaces.
Une neuvième. Qui lui a arraché un cri.
– Hou… Celle-là ! Et d’aussi agréables à reluquer. Je suis pas fan, ça, en général. Mais là, elle en valait vraiment la peine. J’ai fait des photos du coup. Je te les montrerai, si tu veux.
Dix. Onze.
Un autre cri. Plus profond. Plus rauque.
– Tu l’as sucé, j’parie !
– Ah, ben oui, ça, évidemment ! Qu’est-ce tu crois !
Douze.
– Et elle avait sacrément bon goût…
Treize.
– T’as avalé ?
– Tout.
Quatorze. Quinze. Seize.
– Oh, la vache ! Oh, la vache ! Oh, celles-là ! T’as retrouvé la main, dis donc, mon cochon !
– Il t’a pris le cul ?
– Non.
– Menteuse !
Dix-sept. Dix-huit.
– Non, mais ce n’est que partie remise, si tu veux. J’ai son 06. Je l’appellerai.
Dix-neuf.
– Je te retrouve. Enfin, je te retrouve ! Non, mais comment c’est bon !
Vingt.
– Et voilà !
– Il doit être rouge, non ?
– Écarlate. Qu’est-ce tu fais, là ?
– Ben, je me lève. Je vais voir ce que ça donne dans la glace.
– Non, non, tu restes là. C’était que les hors-d’œuvres. La vraie fessée, c’est maintenant qu’elle va commencer.
– Chouette ! Comme quoi, j’ai bien fait, hein, finalement !

jeudi 5 octobre 2017

Mémoires d'une fesseuse (5)

Les jours passaient, les semaines passaient et cette Vanessa ne se manifestait toujours pas.
– Va falloir que je me substitue à elle, si ça continue.
Elle ne répondait pas. Elle ne répondait jamais. Elle s’enfuyait.
Je saisissais la moindre occasion d’en rajouter une couche.
– Non, mais t’as vu dans quel état t’as mis l’appart ? Ah, c’est pas avec Vanessa que tu te serais permis une chose pareille.
Et, le soir, quand je rentrais, elle avait tout remis en ordre.
Il lui arrivait aussi de se relever, la nuit, pour manger.
– C’est pas ce que tu fais de mieux, mais c’est toi que ça regarde. Par contre, que tu vides quasiment le frigo, tu crois vraiment que Vanessa aurait accepté ça ?
Et elle refaisait le plein dans la journée.

Elle se couchait de plus en plus tard. Parfois jusqu’à des quatre ou cinq heures du matin.
– Pour faire quoi, si c’est pas indiscret ?
– Mais rien en plus ! C’est ça, le pire. Je tourne. Je vire. Un petit tour sur Facebook. Un autre sur les sites de jeux. Un autre au hasard. De ci, de là. J’arrive pas à me mettre au lit.
Et, évidemment, le lendemain matin, quand il s’agissait de se lever, c’était la croix et la bannière. Mission quasi impossible. Tant et si bien qu’elle séchait de plus en plus souvent les cours. Et de plus en plus de cours.
– Tu déconnes, là. Tu déconnes vraiment.
Elle haussait les épaules.
– Je me rattraperai.
Mais, en novembre, elle a pris peur.
– J’ai eu mes résultats de partiels. C’est un de ces désastres.
– Tu l’as bien un peu cherché aussi, non ?
– Ils vont pas apprécier mes parents, là-haut. Déjà que je redouble. Qu’est-ce que je vais pas entendre !
– Et puis même ! Sans parler de ça. Si c’est pour que tu te retrouves sans rien à la sortie ! Pas le moindre diplôme. À part le bac, mais le bac…
Elle a pris tout un tas de bonnes résolutions. Qu’elle a tenues. Huit jours. Et tout a recommencé comme avant. Exactement comme avant.
– J’y arriverai jamais.
– Mais si !
– Faut que tu me réveilles le matin. Que tu me secoues.
– C’est déjà ce que je fais.
– Oui, mais insiste ! Insiste ! Tant que je suis pas levée, que j’ai pas déboulé dans la salle de bains, tu me lâches pas. Tu me promets, hein !
Ce n’était pas une mince affaire.
– Bon, allez, Marie-Clémence, debout.
– Juste deux minutes.
Qui en devenaient cinq, puis dix. Parfois vingt. Ou davantage encore.
– Tu te lèves, Marie-Clémence ? J’y vais, moi ! Je vais être en retard sinon…
Elle s’y résolvait enfin. Avec force soupirs à fendre l’âme.

Et puis il y a eu ce matin-là. Quatre fois déjà, j’étais venue la secouer. À la cinquième…
– Marie-Clémence !
– Tu me fais chier, pauvre conne ! Laisse-moi dormir.
Furieuse, j’ai rabattu draps et couvertures jusqu’au pied du lit. Elle dormait à poil. Sur le ventre. Ça tombait on ne peut mieux.
– Tu vas voir ce qu’elle va te faire, la pauvre conne !
J’ai calé mon genou au creux de ses reins. Et j’ai tapé. À pleines fesses. À plein régime.
– Ah, tu le prends comme ça ! Ah, tu le prends comme ça !
Mes doigts rebondissaient sur ses fesses, y laissaient leur empreinte, en incrustations rosées qui s’ancraient en profondeur, qui se faisaient peu à peu vermeil rutilant.
Elle, la tête enfouie dans l’oreiller, elle mélopait interminablement, en sourdine.
– Houououououououou…
– Là ! C’est tout pour aujourd’hui ! Et maintenant tu te lèves et tu vas te préparer.
Ce qu’elle a fait aussitôt sans demander son reste.


lundi 2 octobre 2017

Brûlante passion

Antoine Wiertz La liseuse de romans

– Qu’est-ce que tu vas faire aujourd’hui, ma chérie ?
– Holà ! Je risque pas de m’ennuyer. J’ai du travail par-dessus la tête.
– Je vais te manquer un peu ?
– Beaucoup, oui, tu veux dire…
Il approche ses lèvres. Elle tend les siennes.
– À ce soir !
Son pas dans l’escalier. La porte du bas. Elle est seule. Elle attend un peu. Il lui arrive parfois d’avoir oublié quelque chose. Mais non. Non. Cette fois, elle est vraiment seule.

Elle monte. La chambre, sous les combles, est restée en l’état. Telle que l’a laissée, quand il s’est brusquement enfui, abandonnant tout derrière lui, l’étudiant qu’ils ont hébergé. Elle plonge, avec volupté, ses mains dans la malle. Dans les livres. Des dizaines de livres. Elle ferme les yeux. Elle en prend un. Au hasard. Elle sait que, de toute façon, elle ne sera pas déçue. Elle se déhabille, s’allonge sur le lit, s’installe le plus commodément possible.

Deux aristocrates. La tante et sa nièce de vingt ans. Louise et Apolline. Elles fuient la Révolution. Quantité de malheurs, tous plus éprouvants les uns que les autres, se sont successivement abattus sur elles. Mais elles ont enfin réussi, après de multiples péripéties, à embarquer pour l’Amérique. Accoudées au bastingage, elles voguent, heureuses, vers la liberté et une vie meilleure quand soudain, à l’horizon, un bateau de pirates… Elles se précipitent dans leur cabine. Serrées l’une contre l’autre, épouvantées, elles entendent le capitaine hurler des ordres. On court sur le pont. On s’interpelle. L’affolement est général. Des coups de feu finissent par retentir. Et un grand choc les précipite au sol. Le navire a été éperonné.
À nouveau des cris. Des cavalcades. Des pas qui approchent. Dans l’embrasure de la porte apparaît une figure hilare et repoussante.
– Eh, mais c’est qu’il y a encore du butin, là ! Allez, amenez-vous par ici, vous deux !
On les pousse sans ménagement. On les tire. Malgré leurs protestations, on les fait remonter sur le pont. On les force à passer entre deux rangs de pirates aux mines patibulaires qui les dévisagent avec curiosité. Qui les déshabillent du regard. Qui commentent. Qui s’esclaffent.
– Silence !
Le chef a parlé. On se tait. On fait cercle autour d’elles. Il s’approche. Tout près. À les toucher.
– Vous avez de l’or, hein !
Non. Elles n’ont pas d’or, non. Elles n’ont rien. Rien du tout.
Il éclate de rire.
– Mais bien sûr ! Bon, mais on va voir ça. Défrusquez-vous !
Qu’elles se… ? Ah, mais non ! Non ! Il n’en est pas question.
– Et vous vous dépêchez ! Sinon, on le fait nous-mêmes. Et on vous jette aussi sec par dessus bord après. Il faut bien que les poissons mangent…
Elles n’ont pas le choix. Elles s’y résolvent. Toute honte bue. Il y va de leur vie. Et, la mort dans l’âme, elles retirent leurs vêtements. Un à un. Tous les regards sont fixés sur elles. Se repaissent effrontément du spectacle qu’elles offrent. On les encourage de la voix et du geste. On se donne, de satisfaction, de grandes bourrades dans le dos. Elles s’arrêtent d’un coup. Au dernier moment. Au moment d’être nues. Elles ne peuvent pas. Elles ne peuvent plus. Pas plus.

Elle aussi, elle s’arrête. De lire. Trop d’images. Elle ferme les yeux. D’images qui l’investissent. Qui l’habitent. Qui prolifèrent. Elle les laisse se répandre en elle, y voguer à leur guise, se les pianote en bas quelques instants, du bout des doigts. Et elle retourne là-bas. Avec elles. Avec eux.
Le chef est furieux.
– Maintenant, ça suffit ! Vous nous avez assez amusés comme ça.
Il fait signe à deux de ses hommes.
– Foutez-les à poil. Et balancez-les à la mer !
– Non ! Oh, non !
Elles ne leur laissent pas le temps d’arriver jusqu’à elles. Elles se débarrassent, en toute hâte, du peu de vêtements qui leur restent. Elles sont nues. Toutes nues. Devant eux. Devant tous ces hommes dont les regards lubriques les fouillent, les explorent, les engloutissent.
Du bout de l’index sous le menton, il oblige la tante à relever la tête.
– Vous l’avez caché où ?
– Je vous l’ai dit. Il y a pas d’or. Il y a rien. On n’a rien.
Il se tourne vers la nièce.
– Mais il y a un petit trésor, là.
Il avance une main, veut lui saisir un sein. De l’autre, il lui caresse les lèvres. D’un geste qu’il voudrait sensuel. Les mâchoires de la fille se referment sur le bout de ses doigts. Et elle serre. De toutes ses forces.
Stupéfait, il hurle.
– Elle m’a mordu. Cette petite saloperie m’a mordu.
Il colle son visage contre le sien. Il éructe.
– Tu vas me payer ça. Vous allez me payer ça. Toutes les deux.
Il est furieux. Il donne des ordres. Qui sont tout aussitôt exécutés. On les attache au mât. En vis-à-vis. Par les poignets. On amène des fouets. Que deux pirates font claquer en l’air.
– Vous allez chanter ! Je peux vous dire que vous allez chanter… Allez, exécution, vous autres !
Les fouets s’abattent. Sur leurs dos. Sur leurs fesses. Sur leurs cuisses. Y déposent de longues boursouflures blanchâtres.

Elle repose le livre. Son souffle est court. Son cœur bat à tout rompre. Et elle chevauche son oreiller. Qui s’emballe. Qui l’emporte. Qui la dépose, épuisée, mais ravie, sur des berges enchantées.

Elle referme le livre. Elle le repose dans la malle avec les autres. Sur le dessus. Demain, la suite. Elle reviendra demain.

Dans leur lit, il a envie. Il s’approche d’elle, se presse contre elle, cale sa queue gonflée contre ses fesses.
– S’il te plaît, mon chéri, s’il te plaît, sois gentil, pas ce soir ! J’en peux plus. J’ai eu une journée éreintante.

jeudi 28 septembre 2017

Mémoires d'une fesseuse (4)

J’ai dû me rendre rapidement à l’évidence : la fessée de Marie-Clémence avait déclenché quelque chose en moi. D’étrange, d’inhabituel et d’inquiétant. J’étais en effet désormais régulièrement assaillie par des images de fessiers meurtris, de croupes se tortillant, impuissantes, sous les claquées. Je me suis d’abord rageusement débattue contre elles. Ça ne me ressemblait pas. Ce n’était pas moi, tout ça. Mais j’avais beau les repousser avec horreur, les chasser avec la dernière énergie, elles ne désarmaient pas. Elles ne s’en montraient, au contraire, que plus déterminées à m’habiter.

Je m’en suis ouverte à Philibert. Je me sentais d’autant plus en confiance avec lui que, sexuellement, il n’était pas le moins du monde attiré par les femmes. Je n’avais donc pas à redouter que ses réactions ne soient pétries d’arrière-pensées intéressées.
– Tu te rends compte, Phil ? De plus en plus souvent ça m’attrape. D’où ça peut venir ?
– Ben, de ce qu’il y a eu avec ta coloc, là. Ça te fait remonter plein de trucs d’avant.
– Mais quels trucs ?
– T’en as jamais reçu des fessées quand t’étais petite ?
– Jamais, non.
– T’en as jamais vu non plus ?
– Mais non ! Je me rappellerais, quand même !
– De films peut-être alors. Ou de livres. Qui t’ont marquée sans que tu t’en rendes compte.
– Je vois pas.
– Qu’est-ce ça peut faire n’importe comment d’où ça vient ? Ça n’a pas d’importance. Va pas te prendre le chou. D’autant que les fantasmes, ça n’a jamais fait de mal à personne. C’est une affaire entre toi et toi.

Il avait raison. Évidemment qu’il avait raison. Et j’ai cessé de résister. Avec un peu d’hésitation au début. Pas mal de réticences. Avant de m’abandonner. Complètement. Avec délectation. De me livrer à de véritables orgies de fessées, toutes plus voluptueuses les unes que les autres. Que je faisais moi-même tomber sur des derrières exclusivement féminins. Ce pouvait être partout. N’importe où. N’importe quand. Mais c’était surtout pendant les cours. Je me choisissais secrètement une patiente, une fille plutôt jolie, à l’apparence plutôt effacée, et je ne la quittais plus des yeux. Je la mettais en situation. Je me l’appropriais. Je lui inventais une histoire, une famille, un copain. Et un lourd secret que je découvrais par hasard. Qu’elle serait morte plutôt que de voir divulgué. Je jouais sur du velours : son petit cul, c’est d’elle-même qu’elle venait gentiment me l’offrir pour échapper à pire. Je ne la ménageais pas. Je lui tambourinais allègrement le derrière. Ah, il en coulerait de l’eau sous les ponts avant qu’elle puisse s’asseoir. Il m’en sourdait aussi, délicieusement chaude, entre les cuisses.
Je m’attardais aussi aux terrasses des cafés où je jetais mon dévolu sur un couple. Il me le fallait jeune. Elle, un peu tête à claques. Lui, beau gosse. C’était mon mec. Il devenait mon mec. Qu’elle essayait de me souffler, l’autre espèce de petite saloperie. En toute connaissance de cause. Je lui tombais dessus comme une furie. Mais c’est qu’elle me tenait tête, le pire ! Qu’elle avait deux airs. Alors là ! Non, mais alors là ! Elle s’en prenait une carabinée de fessée, le cul à l’air, devant tout le monde. Qu’est-ce qu’ils pouvaient rigoler les gens autour ! Ah, elle faisait moins la fière d’un seul coup ! Sûr qu’elle allait pas avoir envie d’y remettre le nez.

Dans mon univers fantasmatique, Marie-Clémence occupait une place à part. Privilégiée. À cause de ce qui s’était passé. De ce que j’avais entendu. À quoi je faisais, de temps à autre, indirectement allusion, d’un air faussement innocent.
– Elle vient plus ta copine ?
Elle rougissait, se troublait,baissait les yeux.
– Je sais pas. J’ai pas de nouvelles.
J’enfonçais le clou.
– Faudra bien que je fasse sa connaissance, un jour, quand même ! Et, ce jour-là, peut-être que…
Elle comprenait à demi-mot.
– Oh, non ! J’aurais bien trop honte.
– Ben, justement ! Raison de plus.
C’était une perspective qui me ravissait. J’y pensais. J’en rêvais. Le soir, dans mon lit, je réentendais ses cris, le bruit des claques qui s’abattaient sur son derrière. Je le revoyais tout rougi, le surlendemain, dans la salle de bains. Et je m’épuisais de plaisir.